Équité, diversité et inclusivité

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Article de couverture
Février 2021 (tome 53, no. 1)

La SMC a créé deux nouveaux comités permanents en 2020. Le Comité de la réconciliation en mathématiques a été créé afin de coordonner les contributions de la communauté mathématique au processus de réconciliation et dans le but d’éliminer les écarts entre les communautés autochtones et non autochtones en matière d’éducation et d’emploi. Le Comité d’équité, de diversité et d’inclusivité (ÉDI), de sa part, a été né du besoin de suivre et de promouvoir les intérêts des groupes d’équité au sein de la communauté mathématique et afin d’assurer la participation de ces groupes dans les activités de la Société à tous les niveaux. La création de ces deux comités est une suite naturelle à un processus qui avait commencé bien avant la pandémie sanitaire. Ils sont conçus dans l’espoir que notre volonté et nos actions réduiront les écarts et les inégalités.

Or on était plutôt témoin à l’exaspération desdites inégalités en 2020. De l’accès réduit à l’éducation, à la marginalisation accrue des étudiant.e.s des communautés isolées ou dépourvues d’accès fiable à Internet, à l’impact négatif (sur les plans économique et personnel) disproportionné du confinement sur les membres des groupes sous-représentés, la pandémie vient exacerber les problèmes de notre société. La réponse des meilleur.e.s d’entre nous était de transformer notre anxiété par rapport au confinement en action.

J’ai le privilège d’y participer personnellement. J’étais la déléguée du président du comité ÉDI et où j’ai travaillé avec Steven Rayan (Saskatchewan, président du comité ÉDI), Habiba Kadiri (Lethbridge), Elena Kalashnikov (Harvard), Israel Ncube (Alabama A&M), Reila Zheng (Toronto), et Karen Meagher (Regina, président du Comité des femmes en mathématiques). Les réunions régulières du Comité d’ÉDI depuis sa création ont été une source d’information et d’inspiration pour moi et le travail qu’il a mis en branle aide à développer une stratégie commune d’ÉDI pour notre communauté à travers le Canada. Mais ce qui m’a surtout inspiré à écrire ce texte aujourd’hui est l’animation d’une série de sessions et discussions à la Réunion d’hiver de la SMC.

Les quatre thèmes abordés pendant ces discussions étaient : les défis des soignant.e.s, les défis des mathématicien.ne.s issu.e.s des groupes sous-représentés, soutenir les mathématicien.ne.s LGBTQ+ et soutenir les chercheur.e.s au début de carrière. Les sessions parallèles étaient animées par les membres du Comité d’ÉDI et Broderick Causley (McGill et membre du Comité d’ÉDI du CRM). Les conversations étaient dynamiques et portaient sur une variété de sujets dont les défis d’enseignement inclusif virtuel, et les conséquences de la pandémie sur la vie professionnelle des mathématicien.ne.s dans les prochaines années et la propagation efficace des informations à l’égard des évènements tels que OURFA2M2 (Online Undergraduate Resource Fair for the Advancement in Academia of Marginalized Mathematicians).

Le catalyseur pour les sessions d’ÉDI à la Réunion d’hiver de la SMC a été une lettre publiée par les mathématiciennes européennes (EWM) et endossée par la SMC à la suite de la recommandation du Comité d’ÉDI. La lettre souligne l’impact inégal de la crise de la COVID-19 sur les professeur.e.s non titulaires, les femmes et les soignant.e.s et propose des mesures proactives pour soutenir les membres les plus vulnérables de la communauté. Celles-là vont des actions immédiates (prolonger les contrats, offrir des décharges d’enseignement aux soignant.e.s), aux mesures à long terme (ajuster l’âge universitaire des candidat.e.s en tenant compte les congés parentaux et les autres congés lors des évaluations de comité), aux approches respectueuses (offrir la flexibilité pendant la crise sanitaire à ceux et celles qui en ont besoin). La lettre demande surtout à nous, les décideurs de la communauté, de ne pas fermer les yeux aux défis de groupes différents et de prendre des mesures supplémentaires pour retenir et soutenir nos collègues issu.e.s des groupes sous-représentés.

From the reduced access to education and further marginalization of students in remote communities or without reliable internet access, to the disproportionate negative impact (economic and personal) of the shutdowns on members of underrepresented groups, the pandemic exacerbated our society’s problems. The response, from the best of us, was a fiery need to turn our personal shutdown into action.

La question que nous devons nous poser est ceci : dans quelle mesure la communauté mathématique canadienne a-t-elle adopté les actions proposées dans la lettre susmentionnée?

Les réponses qu’on a reçues pendant les séances d’ÉDI de la réunion étaient aussi diverses que les participant.e.s. On a l’impression (peut-être justement) que les départements et les organisations s’acharnent tant bien que mal à faire face à la crise actuelle et qu’ils ne sont pas encore prêts à présenter des politiques concrètes pour l’avenir. Les membres les plus vulnérables de notre communauté, y compris les postdoctorant.e.s et les étudiant.e.s international.e.s des cycles supérieurs, sont laissé.e.s pour compte ─ le gouffre! ─ dans un système fragmenté.

Qui plus est, on craint que les soignant.e.s se retrouvent avec un retard impossible à rattraper une fois la crise passée : leur compétitivité en matière de recherche est diminuée par des mois épuisants passés à répondre aux exigences pédagogiques et administratives accrues de leur emploi tout en s’occupant de leurs tâches domestiques en tant que parents à temps plein. Il y avait aussi des effets secondaires : le progrès de leurs étudiant.e.s de maîtrise et de doctorat a été ralenti par l’isolement, tant mathématique que social. Pourraient-ils ou elles compter sur les comités d’évaluation ─ de demandes de bourses, de prix, d’emploi, de permanence et de promotion─ pour comprendre les défis individuels de chaque candidat.e et de reconnaître l’ampleur des sacrifices de cette année?

Ces préoccupations font toutefois écho à une autre : même lorsque les politiques nécessaires sont mises en place, elles font souvent référence aux groupes désignés, soit les femmes, les personnes en situation de handicap, les peuples autochtones et les membres des minorités visibles. De telles catégories négligent d’autres groupes d’équité dans notre communauté tels que les personnes LGBTQ+. Et même si ces derniers groupes sont inclus et que les candidat.e.s issu.e.s des groupes marginalisés sont encouragé.e.s à s’auto-identifier, il dépend toujours du comité d’évaluation de trouver une façon d’appliquer la politique et de prendre des actions concrètes. Dans bien des cas, nous avons de bonnes intentions, mais isolé.e.s les un.e.s des autres, nous ne savons pas qui doit prendre les devants.

Curieusement, des directions les plus claires et cohérentes pour l’action ont été proposées au cours d’une séance d’ÉDI quand la conversation s’est déviée du sujet principal pour parler des défis de l’enseignement en ligne. Est-ce parce que nos salles de classe sont les domaines sous nos contrôles et c’est là que nous nous sentions capables de faire une vraie différence? Les participant.e.s ont présenté les mesures concrètes qu’ils et elles ont prises pour rendre la salle de classe plus inclusive. Celles-ci vont des discussions à propos de la communication et de l’étiquette en classe, à garder les choses le moins cher possible et le plus simple possible du point de vue technologique. Mais la meilleure intervention est allée encore plus loin : une participante a avoué qu’elle essaie de répondre aux crises individuelles des élèves avec compassion et flexibilité et  qu’une solution universelle n’est pas une réponse équitable.

Je pense que c’est peut-être le message principal que je retiens de la lettre des mathématiciennes européennes et de ces excellentes discussions : une réflexion sur la véritable signification de l’équité, de la diversité et de l’inclusivité pour moi, en tant qu’individu, professeure ou membre du comité, ou bien une personne avec un petit rôle dans cette énorme machine universitaire. La véritable équité entraîne la correction des inégalités. La diversité, c’est voir et respecter l’autre. L’inclusivité, c’est tendre une main. Et (pour reprendre la définition d’un participant à la journée très réussi de LGBTQ+Math en novembre dernier) : être une alliée, c’est être une défenseuse, prendre les problèmes d’autrui comme s’ils étaient les nôtres. Nous avons chacune un rôle à jouer.   

Envoyer un courriel à l’auteur(e) : monica.nevins@uottawa.ca
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