Étudier à l’étranger

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Vol. 51, Iss. 5

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Comptes-rendus de livres
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Photo of Monica NevinsInternationalisation est l’expression à la mode à l’université ces temps-ci. Quoique l’objectif principal des collèges et des universités soit d’augmenter le revenu en attirant un plus grand nombre d’étudiants payeurs des pays étrangers, je me réjouis de ce récent changement de perspective : nos universités se vantent de leurs initiatives pour produire les citoyen.ne.s mondial.e.s. La rentrée universitaire arrive à grands pas et je réfléchis à ce que cet élan de « citoyenneté mondiale » pourrait signifier pour notre société professionnelle.

Plusieurs facteurs ont déclenché mes réflexions, je vois, certes, une démographie changeante dans mes salles de classe, mais je suis aussi Vice-doyenne aux relations internationales à la Faculté des Sciences de l’Université d’Ottawa ─ un rôle nébuleux que je commence, quoique lentement, à redéfinir pour moi-même. Nous y avons vu, de façon tangible, les avantages que tirent les programmes du premier cycle et des cycles supérieurs d’attirer d’excellent.e.s étudiant.e.s de partout au monde─ sans tenir en compte des bénéfices des collaborations internationales et de l’embauche des postdoctorant.e.s globe-trotters pour nos recherches. Avant d’assumer mes fonctions, j’ignorais l’intensité avec laquelle certains pays font la promotion de la citoyenneté mondiale auprès de leurs étudiant.e.s, et le retard dont nous souffrons par rapport à ces universités. À titre d’exemple, la plupart des programmes en France exigent que leurs étudiant.e.s passent au moins une session à l’étranger─ et les étudiant.e.s saisissent cette occasion avec enthousiasme (grâce, en partie, au financement adéquat pour cette initiative).

Ce qui me passionne le plus à propos de cette internationalisation et de la citoyenneté mondiale, ce sont les occasions d’encourager une mobilité sortante dans tous les aspects de la vie universitaire. Voyager à l’étranger apporte quelque chose de mondial à notre savoir local. (Comme par hasard, le Principe local-global est mon sujet mathématique préféré.) Par toutes ces efforts de solliciter et d’encourager les échanges universitaires, je viens d’apprendre d’une myriade de différentes façons interreliées dont les étudiant.e.s et les universitaires voyagent à l’étranger; et ce qui me frappe le plus est le fait que nous, en tant que mathématicien.ne.s, sommes bien placé.e.s pour profiter de ces initiatives.

Les programmes d’échange étudiant m’ont toujours paru archaïques, peu pertinents à notre temps. Les exigences des études spécialisées du premier cycle, avec de longues et rigides listes de cours obligatoires, ne sont pas tout à fait compatibles avec l’exploration, et encore moins avec les différentes approches du sujet d’étude dans d’autres universités. Les mathématiques, toutefois, sont exemptes de cette règle : la plupart des universités sont dotées d’un programme de base solide, mais acceptent aussi les crédits pour des cours suivis par les étudiant.e.s dans d’autres universités. J’encourage mes étudiant.e.s à profiter des cours uniques et spéciaux en mathématiques qui se trouvent dans leur université hôte, et à se donner la chance de vivre l’étendue de l’expérience mathématique.

De surcroît, les mathématiques comptent parmi les sujets les plus faciles à suivre dans une langue étrangère. (Un fait sur lequel j’insiste pour encourager mes étudiant.e.s à suivre des cours de mathématiques dans une autre langue dans mon Université bilingue…). Ce fait perd toutefois de sa pertinence, car le nombre d’universités étrangères qui offrent des programmes internationaux en anglais est en hausse. Cela qui rend l’échange universitaire d’autant plus facile.

Je crois fermement qu’étudier à l’étranger, et vivre d’autres cultures (autant au niveau culturel qu’universitaire) enrichit─ ou peut-être même définit ─ l’éducation universitaire. Combien d’entre nous témoigneront de l’importance des études supérieures à l’étranger pour établir une carrière brillante à l’université? Je crois qu’avoir fait mes études doctorales aux États-Unis a eu un impact profond sur ma carrière, mais aussi sur ma vision du monde.

La Société mathématique du Canada a eu une longue tradition de promouvoir de telles mobilités étudiantes. Le programme CRSNG-SMC Moscou qui s’est déroulé du 2001 à 2014 en est un exemple; il finançait le séjour des 2 à 4 étudiant.e.s canadien.ne.s par années pour la durée d’une session à l’Université indépendante de Moscou, en est un exemple. Quoique « Math in Moscou » se continue à ce jour, mais la fin de la subvention du CRSNG a mis fin à la participation de la SMC et aucun autre programme de pareille envergure ne l’a remplacé. Il est peut-être insensé de songer à le remplacer, après tout, pourquoi envisager seulement une destination parmi des douzaines de meilleurs établissements mathématiques du monde? Cela dit, ledit programme était le seul à nous permettre de transmettre le message─ et ce avec seulement trois mots!─ qu’étudier les mathématiques est une activité internationale et glorieuse.

Bien que je me sois concentrée ici sur les échanges universitaires, je m’en voudrais de ne pas mentionner quelques autres options pour l’internationalisation, à la portée des étudiant.e.s et de nous. Premièrement, de plus en plus d’étudiant.e.s effectuent leurs recherches à l’étranger. Les universités désirent élever leur profil et leur classement; il y a donc, de Lyon à Shanghai, une croissance constante de subventions de recherches et de stages offertes à nos étudiant.e.s de premier cycle. Réciproquement, les programmes comme Mitacs Globalink facilitent le séjour des étudiant.e.s étrangers et étrangères chez nous. Ce sont d’excellentes occasions pour nos étudiant.e.s et pour la recherche─ et je me réjouis personnellement de la compétition que cela suscite pour engager et attirer les étudiant.e.s les plus brillant.e.s en recherches mathématiques.

Heureusement, l’internationalisation et la citoyenneté mondiale ne cessent pas avec l’obtention du diplôme! Les universitaires en profitent pour assister aux colloques qui ont lieu dans les pays différents, collaborer avec les collègues à travers du monde et mener de recherches tout en résidant à l’étranger (surtout pendant leurs années sabbatiques). Grâce aux technologies de téléconférence et au programme « Research in Pairs » des différents instituts mathématiques, être un.e mathématicien.ne mondial.e n’a jamais été aussi facile.

La date d’échéance pour les demandes d’échanges universitaires en septembre prochain approche à grands pas. Partagez vos expériences internationales avec vos étudiant.e.s afin de les encourager à profiter de ces belles occasions.

Photos of international landmarks