{"id":20830,"date":"2026-02-11T14:27:03","date_gmt":"2026-02-11T19:27:03","guid":{"rendered":"https:\/\/notes.math.ca\/article\/margaret-rossiter-caroline-seely-professional-mathematics-and-american-masculinities\/"},"modified":"2026-02-12T13:26:38","modified_gmt":"2026-02-12T18:26:38","slug":"margaret-rossiter-caroline-seely-professional-mathematics-and-american-masculinities","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/article\/margaret-rossiter-caroline-seely-professional-mathematics-and-american-masculinities\/","title":{"rendered":"Margaret Rossiter, Caroline Seely, les math\u00e9matiques professionnelles et les masculinit\u00e9s am\u00e9ricaines"},"content":{"rendered":"<p>En tant qu&rsquo;historienne des math\u00e9matiques et du genre, mes recherches portent souvent sur diff\u00e9rentes formes de masculinit\u00e9. Cependant, deux femmes ont toujours occup\u00e9 une place centrale dans mon travail : Caroline Seely (1887-1961) et Margaret Rossiter (1944-2025). Caroline Seely \u00e9tait une math\u00e9maticienne am\u00e9ricaine qui a obtenu son doctorat \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Columbia en 1915 et a travaill\u00e9 pendant plus de deux d\u00e9cennies comme assistante administrative \u00e0 l&rsquo;American Mathematical Society (AMS). Margaret Rossiter, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en ao\u00fbt dernier, \u00e9tait l&rsquo;une des historiennes des sciences les plus importantes du si\u00e8cle dernier. Dans ce qui suit, j&rsquo;expliquerai comment les travaux de Rossiter peuvent aider les historiens \u00e0 comprendre Seely et comment les deux sont li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;histoire des math\u00e9matiques et de la masculinit\u00e9.<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;ont soulign\u00e9 les hommages r\u00e9cents, Rossiter est principalement connue pour son ouvrage en trois volumes intitul\u00e9 <em>Women Scientists in America<\/em>[1]. Selon un portrait publi\u00e9 dans le <em>Smithsonian Magazine<\/em>, Rossiter \u00ab a presque \u00e0 elle seule rendu pertinente \u00bb l&rsquo;histoire des femmes dans le domaine scientifique en tant que sujet d&rsquo;int\u00e9r\u00eat scientifique[2]. Pour \u00e9crire ses livres, Rossiter a pass\u00e9 des d\u00e9cennies \u00e0 voyager \u00e0 travers les \u00c9tats-Unis, \u00e0 rechercher des informations sur les femmes scientifiques et \u00e0 compiler autant de traces d&rsquo;archives qu&rsquo;elle pouvait trouver. \u00ab Trouver \u00bb des femmes scientifiques dans les archives \u00e9tait (et est toujours) un travail difficile, car le processus de conservation des archives est souvent organis\u00e9 autour de personnalit\u00e9s c\u00e9l\u00e8bres, notamment des scientifiques renomm\u00e9s. Or, les femmes scientifiques \u00e9taient rarement consid\u00e9r\u00e9es comme des scientifiques, et encore moins c\u00e9l\u00e9br\u00e9es. Ainsi, d&rsquo;un point de vue archivistique, elles semblaient inexistantes.<\/p>\n<p>Les preuves documentaires pr\u00e9sent\u00e9es dans les travaux de Rossiter sont extraordinaires. Mais au-del\u00e0 de mettre en lumi\u00e8re des femmes scientifiques individuelles, Rossiter a compil\u00e9 et analys\u00e9 les d\u00e9tails de leur vie et de leur carri\u00e8re afin de mettre au jour les sch\u00e9mas et les m\u00e9canismes syst\u00e9miques de discrimination auxquels beaucoup d&rsquo;entre elles \u00e9taient confront\u00e9es. Rossiter a notamment \u00e9crit sur les distinctions entre les march\u00e9s du travail pour les hommes et les femmes dans le domaine scientifique, qui impliquaient souvent l&#8217;embauche de chercheuses surqualifi\u00e9es pour des emplois sous-pay\u00e9s d&rsquo;assistantes ou de calculatrices.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><\/a><\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"450\" height=\"515\" src=\"https:\/\/notes.math.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Picture1.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/notes.math.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Picture1.jpg 450w, https:\/\/notes.math.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Picture1-262x300.jpg 262w\" sizes=\"(max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\"><strong>Figure 1.<\/strong> Margaret Rossiter (1944\u20132025). <a href=\"https:\/\/as.cornell.edu\/people\/margaret-rossiter\">Cornell University<\/a>.<\/h6>\n<p>J&rsquo;ai rencontr\u00e9 l&rsquo;une de ces chercheuses surqualifi\u00e9es du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle au cours de ma troisi\u00e8me ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes sup\u00e9rieures dans l&rsquo;ancien d\u00e9partement du professeur Rossiter \u00e0 Cornell. Au printemps 2017, \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Brown, j&rsquo;ai visit\u00e9 la magnifique biblioth\u00e8que John Hay, qui abrite les archives de l&rsquo;American Mathematical Society (AMS). Comme la plupart des documents administratifs des institutions, ceux de l&rsquo;AMS peuvent \u00eatre assez ennuyeux. Et, comme la plupart des salles de lecture d&rsquo;archives, la biblioth\u00e8que John Hay est cens\u00e9e rester parfaitement silencieuse. J&rsquo;ai donc \u00e9t\u00e9 surprise de me surprendre \u00e0 rire aux \u00e9clats en lisant les lettres d&rsquo;une assistante administrative nomm\u00e9e Caroline Eustis Seely.<\/p>\n<p>Un exemple de l&rsquo;humour (parfois sarcastique) de Seely provient d&rsquo;une lettre adress\u00e9e au secr\u00e9taire de l&rsquo;AMS, Roland Richardson, \u00e9crite en ao\u00fbt 1923. Seely \u00e9tait occup\u00e9e \u00e0 aider \u00e0 g\u00e9rer le processus de constitution l\u00e9gale de la soci\u00e9t\u00e9, et elle a commenc\u00e9 sa lettre en plaisantant : \u00ab Je pensais que les femmes \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement dispens\u00e9es de lire les textes de loi, en raison de leur incapacit\u00e9 mentale. Quoi qu&rsquo;il en soit&#8230; \u00bb, puis elle a expliqu\u00e9 en d\u00e9tail une section particuli\u00e8re de la loi sur l&rsquo;\u00e9ducation de 1910. [3]<\/p>\n<p>J&rsquo;ai appris plus tard, gr\u00e2ce \u00e0 une br\u00e8ve notice biographique dans <em>Pioneering Women in American Mathematics<\/em>, que Seely avait \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e pour effectuer des t\u00e2ches administratives pour l&rsquo;AMS en 1913.[4] Deux ans plus tard, elle obtint son doctorat avec une th\u00e8se intitul\u00e9e <em>Certain non-linear integral equations<\/em> (\u00ab Certaines \u00e9quations int\u00e9grales non lin\u00e9aires \u00bb). Au cours des deux d\u00e9cennies suivantes, elle g\u00e9ra un \u00e9ventail de plus en plus large de t\u00e2ches administratives et \u00e9ditoriales tout en poursuivant ses propres recherches en analyse math\u00e9matique.<\/p>\n<p>Comme d&rsquo;autres femmes scientifiques, Seely ne dispose pas d&rsquo;archives \u00e0 son nom. C&rsquo;est pourquoi, avec d&rsquo;autres historiens et collaborateurs, j&rsquo;ai continu\u00e9 \u00e0 rechercher les lettres qu&rsquo;elle a \u00e9crites \u00e0 des hommes dont les archives ont \u00e9t\u00e9 jug\u00e9es dignes d&rsquo;\u00eatre conserv\u00e9es. D&rsquo;une certaine mani\u00e8re, il s&rsquo;agit d&rsquo;une version \u00e0 petite \u00e9chelle de l&rsquo;approche adopt\u00e9e par Rossiter pour en savoir plus sur les femmes scientifiques. Mais au-del\u00e0 de cette similitude m\u00e9thodologique, l&rsquo;ouvrage de Rossiter, <em>Women Scientists in America<\/em>, m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une aide pr\u00e9cieuse dans mes efforts pour comprendre la place de Seely au sein de la communaut\u00e9 math\u00e9matique am\u00e9ricaine en plein essor et, plus largement, le statut des femmes math\u00e9maticiennes.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<img decoding=\"async\" width=\"369\" height=\"497\" src=\"https:\/\/notes.math.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Picture2.png\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/notes.math.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Picture2.png 369w, https:\/\/notes.math.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Picture2-223x300.png 223w\" sizes=\"(max-width: 369px) 100vw, 369px\" \/>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Figure 2. <\/strong>Caroline Seely (1887\u20131961). <a href=\"https:\/\/www.ams.org\/notices\/202307\/rnoti-p1121.pdf\"><em>Notices of the AMS<\/em><\/a>.<\/p>\n<p>Les travaux de Rossiter, par exemple, ont montr\u00e9 que, au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;obtention d&rsquo;un doctorat conduisait rarement les femmes am\u00e9ricaines \u00e0 occuper un emploi ax\u00e9 sur la recherche. Au contraire, les femmes scientifiques \u00e9taient souvent cantonn\u00e9es \u00e0 des \u00ab t\u00e2ches f\u00e9minines \u00bb, telles que l&rsquo;assistance \u00e0 d&rsquo;autres chercheurs, l&rsquo;enseignement aux jeunes femmes ou des travaux administratifs. Comme l&rsquo;a d\u00e9montr\u00e9 Rossiter, l&rsquo;essor et la professionnalisation de la \u00ab grande science \u00bb ont entra\u00een\u00e9 l&rsquo;apparition de nouveaux r\u00f4les administratifs et auxiliaires g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab appropri\u00e9s \u00bb pour les femmes. Bien que d&rsquo;autres domaines scientifiques aient pu g\u00e9n\u00e9rer davantage de r\u00f4les de type assistant que les math\u00e9matiques, les travaux de Seely ont jou\u00e9 un r\u00f4le crucial dans l&rsquo;\u00e9mergence de nouvelles formes de grandeur dans les math\u00e9matiques am\u00e9ricaines, r\u00e9sultant d&rsquo;une p\u00e9riode de collecte de fonds et de professionnalisation rapide tout au long des ann\u00e9es 1920. [5]<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;ensemble, les publications de Rossiter ont contribu\u00e9 \u00e0 documenter les pratiques et les tendances sp\u00e9cifiques qui ont maintenu les femmes \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des sciences et les femmes scientifiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des projecteurs, donnant ainsi l&rsquo;impression que les sciences ne sont pas une affaire de femmes. Mes propres recherches sur les math\u00e9matiques et la masculinit\u00e9 posent une question connexe et quelque peu compl\u00e9mentaire : qu&rsquo;est-ce qui a donn\u00e9 l&rsquo;impression que les math\u00e9matiques sont une affaire d&rsquo;hommes ? L&rsquo;exclusion historique des femmes de la cat\u00e9gorie \u00ab math\u00e9maticien \u00bb fait partie de la r\u00e9ponse. Mais je m&rsquo;int\u00e9resse \u00e9galement \u00e0 la dynamique culturelle qui a contribu\u00e9 \u00e0 associer les math\u00e9matiques \u00e0 diff\u00e9rents types de personnes, de perceptions et de fa\u00e7ons d&rsquo;\u00eatre dans le monde. Ainsi, l&rsquo;analyse du genre dans mes recherches porte moins sur des cat\u00e9gories telles que les hommes et les femmes que sur les processus de pouvoir et d&rsquo;identit\u00e9 qui se forment dans et autour des activit\u00e9s et des produits culturels tels que les math\u00e9matiques. [6] De mani\u00e8re quelque peu paradoxale, une partie de mon analyse examine comment Seely et son travail administratif ont contribu\u00e9 \u00e0 mettre en place de nouvelles formes de masculinit\u00e9 pour les math\u00e9maticiens am\u00e9ricains du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, je soutiens que le travail de Seely a servi de contrepoint au prestige de la recherche masculine tout en rendant cette recherche possible. \u00c0 la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, les math\u00e9maticiens am\u00e9ricains avaient \u00e9tabli une hi\u00e9rarchie professionnelle qui valorisait la recherche abstraite au d\u00e9triment de la recherche appliqu\u00e9e et de l&rsquo;enseignement. Cette hi\u00e9rarchie \u00e9tait particuli\u00e8rement marqu\u00e9e par le genre, les femmes \u00e9tant souvent cantonn\u00e9es \u00e0 des postes d&rsquo;enseignantes avec une charge de cours compl\u00e8te, tandis que le prestige de la recherche abstraite \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux hommes. Les nouvelles formes de financement et de soutien institutionnel qui \u00e9taient au c\u0153ur des math\u00e9matiques am\u00e9ricaines dans les ann\u00e9es 1920 ont contribu\u00e9 \u00e0 intensifier cette dynamique. Les nouvelles bourses postdoctorales ont par exemple permis de soutenir les talents de jeunes hommes prometteurs, tandis que le financement des publications a profit\u00e9 aux chercheurs situ\u00e9s au \u00ab sommet \u00bb de la hi\u00e9rarchie professionnelle. En effet, \u00e0 cette \u00e9poque, les math\u00e9maticiens am\u00e9ricains ont commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9finir de plus en plus en termes de recherches publi\u00e9es, de nouvelles formes de financement et de r\u00e9putation internationale. Gr\u00e2ce \u00e0 son travail \u00e0 l&rsquo;AMS, notamment en n\u00e9gociant avec les imprimeurs, en g\u00e9rant les campagnes de financement et en correspondant avec des math\u00e9maticiens du monde entier, Seely a jou\u00e9 un r\u00f4le central dans le d\u00e9veloppement de ces m\u00e9canismes de prestige et de professionnalisme. Dans le m\u00eame temps, Seely elle-m\u00eame et les \u00ab filles \u00bb qu&rsquo;elle avait engag\u00e9es pour l&rsquo;aider dans ses t\u00e2ches administratives sont devenues un contraste avec les chercheurs professionnels. Comme l&rsquo;a fait remarquer Rossiter, m\u00eame si le nombre de femmes scientifiques a commenc\u00e9 \u00e0 augmenter, \u00ab seules quelques-unes \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme des <em>professionnelles<\/em> \u00bb. [7] Bien que le travail de Seely reposait en fait sur une gamme de comp\u00e9tences math\u00e9matiques et administratives, sa position renfor\u00e7ait les pr\u00e9jug\u00e9s existants sur les femmes et les t\u00e2ches subalternes, tandis que la r\u00e9putation de chercheur professionnel devenait une forme de masculinit\u00e9 \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Tout au long des ann\u00e9es 1920, par exemple, la participation et la pr\u00e9sentation \u00e0 des r\u00e9unions de l&rsquo;AMS restaient un \u00e9l\u00e9ment central du d\u00e9veloppement d&rsquo;une r\u00e9putation de chercheur professionnel. Seely a particip\u00e9 et pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 de nombreuses r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res, annuelles et estivales de l&rsquo;AMS. Pour toutes les r\u00e9unions, elle \u00e9tait une organisatrice cl\u00e9, et une grande partie de son travail consistait \u00e0 prendre des dispositions distinctes pour l&rsquo;h\u00e9bergement et le calendrier des hommes et des femmes. En d\u00e9cembre 1922, elle \u00e9crivit \u00e0 Richardson, faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 d&rsquo;autres dirigeants de l&rsquo;AMS, Thomas Fiske et Herbert Slaught :<\/p>\n<p><em>Le programme me semble correct. Il me semble que les femmes sont bien trait\u00e9es et qu&rsquo;elles re\u00e7oivent beaucoup de th\u00e9. Je vous pr\u00e9viens qu&rsquo;il y a toujours des probl\u00e8mes concernant la disposition des places lors des d\u00eeners g\u00e9n\u00e9raux. Les dames n&rsquo;aiment pas \u00eatre isol\u00e9es dans un coin (Fiske a commis cette terrible erreur une fois \u00e0 New York), mais si on les laisse faire, elles ont tendance \u00e0 s&rsquo;isoler elles-m\u00eames et \u00e0 \u00eatre m\u00e9contentes de leur choix. Une fois, Slaught a trouv\u00e9 une bonne solution (n&rsquo;\u00e9tait-ce pas \u00e0 Chicago ?) en annon\u00e7ant qu&rsquo;aucune femme ne serait autoris\u00e9e \u00e0 s&rsquo;asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une autre ; comme il y a toujours un surplus d&rsquo;hommes, ceux qui n&rsquo;aiment pas les femmes peuvent se r\u00e9unir malgr\u00e9 tout. Je suppose que je ne devrais pas r\u00e9v\u00e9ler des secrets professionnels comme celui-ci, mais ils viennent tous me confier leurs m\u00e9contentements.[8]<\/em><\/p>\n<p>Comme l&rsquo;ont montr\u00e9 les travaux de Rossiter, dans les ann\u00e9es 1920, les femmes scientifiques avaient r\u00e9ussi \u00e0 obtenir le droit de participer \u00e0 des conf\u00e9rences scientifiques qui \u00e9taient auparavant r\u00e9serv\u00e9es aux hommes. Cependant, c&rsquo;\u00e9tait souvent dans les espaces informels des conf\u00e9rences, tels que les salles \u00e0 manger, que se formaient les partenariats de recherche, les nouvelles id\u00e9es et les r\u00e9putations professionnelles. S\u00e9parer les femmes des hommes au moment des repas aurait signifi\u00e9 les s\u00e9parer de la recherche math\u00e9matique professionnelle.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas exag\u00e9r\u00e9 de dire que les efforts soutenus d\u00e9ploy\u00e9s au cours du dernier demi-si\u00e8cle pour soutenir l&rsquo;avancement des femmes et d&rsquo;autres universitaires sous-repr\u00e9sent\u00e9s dans le domaine des sciences peuvent \u00eatre li\u00e9s presque directement aux conclusions des travaux de Rossiter. En effet, peu d&rsquo;historiens ont eu autant d&rsquo;influence sur les perceptions contemporaines que Rossiter sur notre compr\u00e9hension de la participation des femmes dans le domaine des sciences. Comme d&rsquo;autres, j&rsquo;esp\u00e8re poursuivre ce travail, en partie en racontant des histoires telles que celle de Seely.<\/p>\n<p><em>Ellen Abrams est professeure adjointe \u00e0 l&rsquo;Institut d&rsquo;histoire et de philosophie des sciences et des technologies de l&rsquo;Universit\u00e9 de Toronto. Elle \u00e9crit actuellement un livre sur les math\u00e9matiques et la masculinit\u00e9 aux \u00c9tats-Unis.<\/em><\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p>[1] Rossiter, Margaret W. (1984) <a href=\"https:\/\/www.press.jhu.edu\/books\/title\/30611\/women-scientists-america\"><em>Women Scientists in America: Struggles and Strategies to 1940<\/em><\/a>, Baltimore: Johns Hopkins University Press; Rossiter, Margaret W. (1998) <a href=\"https:\/\/www.press.jhu.edu\/books\/title\/30612\/women-scientists-america\"><em>Women Scientists in America: Before Affirmative Action, 1940\u20131972<\/em><\/a>, Baltimore: Johns Hopkins University Press; Rossiter, Margaret W. (2022) <a href=\"https:\/\/www.press.jhu.edu\/books\/title\/10242\/women-scientists-america\"><em>Women Scientists in America: Forging a New World since 1972<\/em><\/a>, Baltimore: Johns Hopkins University Press.<\/p>\n<p>[2] Dominus, Susan. (2019, October) Women Scientists Were Written Out of History. It\u2019s Margaret Rossiter\u2019s Lifelong Mission to Fix That. <em>Smithsonian Magazine<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.smithsonianmag.com\/science-nature\/unheralded-women-scientists-finally-getting-their-due-180973082\/\">https:\/\/www.smithsonianmag.com\/science-nature\/unheralded-women-scientists-finally-getting-their-due-180973082\/<\/a> (accessed 29 October 2025).<\/p>\n<p>[3] Seely, Caroline, to Roland Richardson. (1923, August 15). <a href=\"https:\/\/bruknow.library.brown.edu\/permalink\/01BU_INST\/9mvq88\/alma991016552469706966\">Rowland George Dwight Richardson Papers<\/a>, American Mathematical Society Records, Box 21, Folder 121. The John Hay Library, Brown University, Providence, RI. Benjamin Braun, Sloan Despeaux, and I write more about Seely\u2019s institution-building efforts in a forthcoming article in the <em>Bulletin of the American Mathematical Society<\/em>.<\/p>\n<p>[4] Green, Judy, and Jeanne LaDuke. (2009) <a href=\"https:\/\/bookstore.ams.org\/hmath-34\"><em>Pioneering Women in American Mathematics: The Pre-1940 PhD\u2019s<\/em><\/a>. Providence, RI: The American Mathematical Society. For a more recent overview of Seely&rsquo;s career, see Tattersall, James J.,\u00a0 and Shawn L. McMurran (2023), <a href=\"https:\/\/www.ams.org\/notices\/202307\/rnoti-p1121.pdf\">Caroline Seely at the AMS (1913\u20131935): From Executive Assistant to Associate Editor,<\/a> <em>Notices of the American Mathematical Society<\/em> 70(7), 1121\u20131129.<\/p>\n<p>[5] Parshall, Karen Hunger. (2022) <a href=\"https:\/\/press.princeton.edu\/books\/paperback\/9780691235240\/the-new-era-in-american-mathematics-1920-1950\"><em>The New Era in American Mathematics, 1920\u20131950.<\/em><\/a> Princeton: Princeton University Press.<\/p>\n<p>[6] See, for example, Abrams, Ellen (2020) <a href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/48736256\">\u201cIndebted to No One\u201d: Grounding and Gendering the Self-Made Mathematician<\/a>. <em>Historical Studies in the Natural Sciences<\/em> 50(3), 217\u2013247.<\/p>\n<p>[7] Rossiter (1984), p. 73.<\/p>\n<p>[8] Seely, Caroline, to Roland Richardson. (1922, December 2) <a href=\"https:\/\/bruknow.library.brown.edu\/permalink\/01BU_INST\/9mvq88\/alma991016552469706966\">Rowland George Dwight Richardson Papers<\/a>, American Mathematical Society Records, Box 21, Folder 99. The John Hay Library, Brown University, Providence, RI. I have also written about this letter in Abrams, Ellen (2023), \u201cCaroline Eustis Seely (1887\u20131961): A Letter to the American Mathematical Society (1922). In <em>Women in the History of Science: A Sourcebook<\/em>, edited by Hannah Wills et al., 371\u2013375. London: UCL Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2307\/j.ctv2w61bc7.64\">https:\/\/doi.org\/10.2307\/j.ctv2w61bc7.64<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"author":11,"template":"","section":[64],"keyword":[427,478],"class_list":["post-20830","article","type-article","status-publish","hentry","section-notes-de-la-schpm","keyword-femmes-en-mathematiques-fr","keyword-history-of-mathematics-in-the-united-states-fr"],"toolset-meta":{"author-4-info":{"author-4-surname":{"type":"textfield","raw":""},"author-4-given-names":{"type":"textfield","raw":""},"author-4-honorific":{"type":"textfield","raw":""},"author-4-institution":{"type":"textfield","raw":""},"author-4-email":{"type":"email","raw":""},"author-4-cms-role":{"type":"textfield","raw":""}},"author-3-info":{"author-3-surname":{"type":"textfield","raw":""},"author-3-given-names":{"type":"textfield","raw":""},"author-3-honorific":{"type":"textfield","raw":""},"author-3-institution":{"type":"textfield","raw":""},"author-3-email":{"type":"email","raw":""},"author-3-cms-role":{"type":"textfield","raw":""}},"author-2-info":{"author-2-surname":{"type":"textfield","raw":""},"author-2-given-names":{"type":"textfield","raw":""},"author-2-honorific":{"type":"textfield","raw":""},"author-2-institution":{"type":"textfield","raw":""},"author-2-email":{"type":"email","raw":""},"author-2-cms-role":{"type":"textfield","raw":""}},"author-info":{"author-surname":{"type":"textfield","raw":"Abrams"},"author-given-names":{"type":"textfield","raw":"Ellen"},"author-honorific":{"type":"textfield","raw":""},"author-email":{"type":"email","raw":"ellen.abrams@utoronto.ca"},"author-institution":{"type":"textfield","raw":"University of Toronto"},"author-cms-role":{"type":"textfield","raw":""}},"unknown":{"downloadable-pdf":{"type":"file","raw":"https:\/\/notes.math.ca\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Margaret-Rossiter-Caroline-Seely-Professional-Mathematics-and-American-Masculinities-\u2013-CMS-Notes.pdf","attachment_id":20649},"article-toc-weight":{"type":"numeric","raw":"9"},"author-surname":{"type":"textfield","raw":"Abrams"},"author-given-names":{"type":"textfield","raw":"Ellen"}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/article\/20830","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/article\/20830\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20844,"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/article\/20830\/revisions\/20844"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20830"}],"wp:term":[{"taxonomy":"section","embeddable":true,"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/section?post=20830"},{"taxonomy":"keyword","embeddable":true,"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/keyword?post=20830"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}