{"id":20871,"date":"2026-02-18T10:45:03","date_gmt":"2026-02-18T15:45:03","guid":{"rendered":"https:\/\/notes.math.ca\/article\/mosaic-article\/"},"modified":"2026-02-25T14:23:05","modified_gmt":"2026-02-25T19:23:05","slug":"mosaic-article","status":"publish","type":"article","link":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/article\/mosaic-article\/","title":{"rendered":"Dualit\u00e9 linguistique et responsabilit\u00e9 institutionnelle"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n<p>La question de la place du fran\u00e7ais au sein de la Soci\u00e9t\u00e9 math\u00e9matique du Canada (SMC) n\u2019est pas nouvelle, mais elle m\u00e9rite d\u2019\u00eatre repos\u00e9e avec calme et lucidit\u00e9. Dans un contexte o\u00f9 l\u2019anglais s\u2019impose comme langue quasi exclusive de communication scientifique \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, il importe de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que signifie, concr\u00e8tement, le bilinguisme pour une soci\u00e9t\u00e9 savante canadienne.<\/p>\n\n<p>En tant que soci\u00e9t\u00e9 canadienne, la Soci\u00e9t\u00e9 math\u00e9matique du Canada (SMC) s\u2019est donn\u00e9 le devoir de refl\u00e9ter le bilinguisme officiel du pays, comme le pr\u00e9cisent d\u2019ailleurs ses propres statuts : \u00ab Les langues officielles de la Soci\u00e9t\u00e9 sont l\u2019anglais et le fran\u00e7ais. \u00bb Cette orientation est r\u00e9affirm\u00e9e dans la Politique linguistique en vigueur, o\u00f9 la SMC se d\u00e9clare \u00ab engag\u00e9e \u00e0 soutenir la dualit\u00e9 linguistique canadienne \u00bb et \u00e0 offrir \u00ab la meilleure prestation possible de services dans la langue de son choix \u00bb. La SMC s\u2019est donc elle-m\u00eame charg\u00e9 de la responsabilit\u00e9 d\u2019incarner, dans ses pratiques et dans ses \u00e9v\u00e9nements, la dualit\u00e9 linguistique qui fait partie int\u00e9grante de son identit\u00e9 et de son mandat national. Elle ne peut pas \u2013 et ne doit pas \u2013 se contenter d\u2019\u00eatre une soci\u00e9t\u00e9 bilingue de langue exclusive anglaise. \u00catre bilingue ne consiste pas \u00e0 juxtaposer deux langues dans des communications ponctuelles, mais \u00e0 faire vivre r\u00e9ellement chacune d\u2019elles dans les congr\u00e8s, les publications et la vie de la Soci\u00e9t\u00e9. Le bilinguisme v\u00e9ritable suppose une sym\u00e9trie de l\u00e9gitimit\u00e9, une pr\u00e9sence visible du fran\u00e7ais et de l\u2019anglais dans nos espaces scientifiques communs.<\/p>\n\n<p>Il est d\u2019ailleurs utile de rappeler que le second pr\u00e9sident de la SMC, Adrien Pouliot (1949-1953), fut non seulement un math\u00e9maticien \u00e9m\u00e9rite, mais aussi un ardent promoteur de la langue fran\u00e7aise et des droits des minorit\u00e9s francophones au Canada. Gouverneur de Radio-Canada pendant vingt ans, il s\u2019imposa comme l\u2019un des grands ambassadeurs de la culture et de la langue fran\u00e7aises, tant au pays qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Son engagement lui valut, entre autres distinctions, le Prix de la langue fran\u00e7aise de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise (1948) et le titre de chevalier de la L\u00e9gion d\u2019honneur. Ce parcours exemplaire rappelle que la d\u00e9fense du fran\u00e7ais n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9, dans la tradition de la SMC, un repli identitaire, mais bien un effort d\u2019ouverture, d\u2019\u00e9quit\u00e9 et de reconnaissance mutuelle au sein d\u2019une communaut\u00e9 math\u00e9matique v\u00e9ritablement canadienne.<\/p>\n\n<p>Il ne s\u2019agit \u00e9videmment pas ici de nier que <strong>l\u2019anglais soit devenu la <\/strong><em>lingua franca<\/em> de la communaut\u00e9 math\u00e9matique mondiale, comme d\u2019ailleurs de la plupart des sciences naturelles. Cette situation d\u00e9coule de raisons historiques et fonctionnelles bien document\u00e9es. Toutefois, comme le rappelait r\u00e9cemment le sociologue et historien des sciences <strong>Yves Gingras dans une entrevue accord\u00e9e en 2023 aux <em>Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale<\/em><\/strong>, il faut distinguer <em>\u00ab\u00a0plusieurs niveaux d\u2019activit\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0: le champ scientifique international, qui repose sur des normes communes de validation et requiert une langue partag\u00e9e, et le champ universitaire, o\u00f9 la langue d\u2019enseignement et de travail demeure un enjeu local de culture et d\u2019accessibilit\u00e9. Dans cette perspective, il ne s\u2019agit pas de <strong>pr\u00eacher la publication en fran\u00e7ais \u00e0 tout prix<\/strong>, mais de reconna\u00eetre que le <strong>math\u00e9maticien francophone en formation doit pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un \u00e9tayage linguistique<\/strong> qui lui permette de d\u00e9velopper sa pens\u00e9e scientifique dans sa langue d\u2019origine avant de transposer cette rigueur dans un anglais de recherche. Favoriser une telle progression n\u2019entre pas en contradiction avec les imp\u00e9ratifs d\u2019internationalisation ; c\u2019est au contraire un <strong>geste de soutien \u00e0 la diversit\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 linguistique et au respect des parcours<\/strong>, en coh\u00e9rence avec les valeurs d\u2019EDI que la SMC entend promouvoir.<\/p>\n\n<p>C\u2019est dans cet esprit qu\u2019il serait souhaitable de consolider et d\u2019\u00e9largir les mesures d\u00e9j\u00e0 amorc\u00e9es par la SMC afin de renforcer la pr\u00e9sence du fran\u00e7ais dans ses activit\u00e9s scientifiques. Les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es constituent des avanc\u00e9es r\u00e9elles. Il conviendrait maintenant d\u2019aller plus loin en assurant syst\u00e9matiquement la traduction syst\u00e9matique des titres et r\u00e9sum\u00e9s des sessions scientifiques et des pr\u00e9sentations ainsi que celle des supports visuels des expos\u00e9s pl\u00e9niers, m\u00eame lorsque la pr\u00e9sentation orale demeure unilingue. Offrir des diapositives bilingues est un moyen simple de r\u00e9\u00e9quilibrer la visibilit\u00e9 linguistique sans imposer une contrainte lourde aux conf\u00e9renciers. Cette mesure favorise un sentiment d\u2019appartenance \u00e9galitaire parmi les membres francophones, notamment au Qu\u00e9bec, au Nouveau-Brunswick et dans les communaut\u00e9s francophones minoritaires. De plus, la faisabilit\u00e9 technique est assur\u00e9e : la traduction peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e par des outils d\u2019aide linguistique, suivie d\u2019une r\u00e9vision terminologique par un math\u00e9maticien francophone. Le co\u00fbt logistique est minime compar\u00e9 \u00e0 la valeur symbolique et institutionnelle du geste.<\/p>\n\n<p>Certains craindrons que de telles mesures puisse nuire \u00e0 l\u2019inclusion d\u2019\u00e9tudiants \u00e9trangers pour lesquels ni le fran\u00e7ais ni l\u2019anglais ne sont la langue maternelle. Mais l\u2019id\u00e9e qu\u2019un \u00e9tudiant \u00e9tranger serait accabl\u00e9 par la pr\u00e9sence du fran\u00e7ais ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Beaucoup ma\u00eetrisent plusieurs langues et savent naviguer entre elles et tous b\u00e9n\u00e9ficierons d\u2019un contact plus riche avec la r\u00e9alit\u00e9 canadienne lorsqu\u2019ils d\u00e9couvrent la coexistence de ses deux langues officielles. En somme, assurer le genre de traduction syst\u00e9matique que nous proposons n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 personne : les anglophones et allophones conservent l\u2019acc\u00e8s complet \u00e0 la version anglaise, tandis que les francophones acc\u00e8dent enfin \u00e0 un contenu \u00e9quitablement intelligible. Une telle mesure ne ferait qu\u2019\u00e9largir le cercle de l\u2019inclusion. Enfin, soutenir qu\u2019une telle mesure serait inutile puisque \u00ab les francophones parlent bien anglais \u00bb ne constitue pas un argument recevable : l\u2019\u00e9quit\u00e9 linguistique n\u2019est pas une question de comp\u00e9tence, mais de reconnaissance et de respect mutuel. M\u00eame si tous les francophones \u00e9taient parfaitement bilingues (et ce n\u2019est pas le cas), il demeurerait l\u00e9gitime \u2013 et m\u00eame n\u00e9cessaire \u2013 de rendre visible et vivante leur langue dans les espaces scientifiques canadiens. De plus, la pluralit\u00e9 linguistique est une p\u00e9dagogie de l\u2019inclusion en action : elle stimule la tol\u00e9rance linguistique, valorise les accents ainsi que l\u2019effort de compr\u00e9hension r\u00e9ciproque.<\/p>\n\n<p>Promouvoir le fran\u00e7ais en mettant en \u0153uvre les mesures que nous proposons repr\u00e9senterait un engagement concret envers la dualit\u00e9 linguistique et l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement entre les communaut\u00e9s francophone et anglophone. Elle s\u2019inscrirait pleinement dans la mission m\u00eame de la SMC : favoriser la recherche, l\u2019enseignement et la diffusion des math\u00e9matiques dans toutes les r\u00e9gions du Canada, tout en refl\u00e9tant la diversit\u00e9 linguistique et culturelle qui fonde son identit\u00e9 nationale. Cela enverrait un signal clair que le fran\u00e7ais \u2013 langue de production et de diffusion du savoir \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale \u2013 n\u2019est pas rel\u00e9gu\u00e9 par la SMC au rang de patois r\u00e9gional. Une telle politique renforce la l\u00e9gitimit\u00e9 de la SMC comme soci\u00e9t\u00e9 v\u00e9ritablement nationale et rehausse son image d\u2019organisation savante progressiste et inclusive, fid\u00e8le aux valeurs d\u2019ouverture et de respect de la diversit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":11,"template":"","section":[323],"keyword":[],"class_list":["post-20871","article","type-article","status-publish","hentry","section-mosaic-fr"],"toolset-meta":{"author-4-info":{"author-4-surname":{"type":"textfield","raw":""},"author-4-given-names":{"type":"textfield","raw":""},"author-4-honorific":{"type":"textfield","raw":""},"author-4-institution":{"type":"textfield","raw":""},"author-4-email":{"type":"email","raw":""},"author-4-cms-role":{"type":"textfield","raw":""}},"author-3-info":{"author-3-surname":{"type":"textfield","raw":""},"author-3-given-names":{"type":"textfield","raw":""},"author-3-honorific":{"type":"textfield","raw":""},"author-3-institution":{"type":"textfield","raw":""},"author-3-email":{"type":"email","raw":""},"author-3-cms-role":{"type":"textfield","raw":""}},"author-2-info":{"author-2-surname":{"type":"textfield","raw":""},"author-2-given-names":{"type":"textfield","raw":""},"author-2-honorific":{"type":"textfield","raw":""},"author-2-institution":{"type":"textfield","raw":""},"author-2-email":{"type":"email","raw":""},"author-2-cms-role":{"type":"textfield","raw":""}},"author-info":{"author-surname":{"type":"textfield","raw":"Morneau-Gu\u00e9rin"},"author-given-names":{"type":"textfield","raw":"Fr\u00e9d\u00e9ric"},"author-honorific":{"type":"textfield","raw":""},"author-email":{"type":"email","raw":""},"author-institution":{"type":"textfield","raw":"Universit\u00e9 T\u00c9LUQ"},"author-cms-role":{"type":"textfield","raw":""}},"unknown":{"downloadable-pdf":{"type":"file","raw":"https:\/\/notes.math.ca\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/10-Dualite-linguistique-et-responsabilite-institutionnelle-\u2013-Notes-de-la-SMC.pdf","attachment_id":20945},"article-toc-weight":{"type":"numeric","raw":"50"},"author-surname":{"type":"textfield","raw":"Morneau-Gu\u00e9rin"},"author-given-names":{"type":"textfield","raw":"Fr\u00e9d\u00e9ric"}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/article\/20871","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/article"}],"about":[{"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/article"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/article\/20871\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20906,"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/article\/20871\/revisions\/20906"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20871"}],"wp:term":[{"taxonomy":"section","embeddable":true,"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/section?post=20871"},{"taxonomy":"keyword","embeddable":true,"href":"https:\/\/notes.math.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/keyword?post=20871"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}