Les défis à venir

Article de couverture
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Article de couverture
Mars 2026 (tome 58, no. 2)

La SMC a récemment traversé une période difficile et éprouvante, marquée par des enquêtes, la démission de plusieurs membres très respectés et dévoués, ainsi que par la création consécutive du Comité des ressources humaines et du Comité de réforme de la gouvernance (CRG). Depuis que j’ai réintégré le Comité exécutif l’année dernière, j’ai eu le privilège d’assister à certaines réunions du CRG et de siéger en tant que membre sans droit de vote au Comité des ressources humaines. Cette expérience m’a permis d’observer de près l’extraordinaire dévouement, l’attention et l’intégrité avec lesquels les membres de ces comités ont mené à bien leur travail. Ils ont consacré énormément de temps, d’énergie et d’efforts réfléchis, souvent dans des circonstances difficiles, pour veiller à ce que la SMC reste sur une voie solide et fondée sur des principes, tout en jetant les bases d’un avenir résilient et prometteur.

Alors que je m’apprête à entamer mon mandat de Président de la Société, je ressens une profonde gratitude et une grande admiration, et je tiens à adresser mes remerciements les plus sincères et les plus chaleureux aux membres du GRC : Timothy L. Alderson (président), Dave Oakden et Kseniya Garaschuk ; ainsi qu’aux membres du Comité des ressources humaines : Joy Morris (présidente), Andrea Burgess, Adèle Bourgeois et Matilde Lalin. Leur engagement, leur générosité et leur sens inébranlable des responsabilités envers la communauté sont une véritable source d’inspiration, et la Société a la grande chance d’avoir pu bénéficier de leur leadership et de leur dévouement.

Je tiens également à exprimer ma profonde et sincère gratitude à Dave Oakden pour le travail remarquable qu’il a accompli en tant que trésorier au cours des quinze dernières années. À travers ses multiples mandats, qu’il a tous acceptés avec élégance, il a apporté continuité, stabilité et sagesse au cœur même du fonctionnement de la Société. Alors que son mandat actuel touche à sa fin en décembre prochain, il est difficile d’exprimer toute l’étendue de notre gratitude collective. Nous espérons vivement qu’il sera disposé à continuer de partager sa sagesse et son expérience avec la Société. Son dévouement et sa générosité ont laissé une empreinte durable et significative au sein de la SMC.

La Société a une immense dette de reconnaissance envers toutes ces personnes. Leur générosité en temps, leur sens du devoir et leur engagement sans faille ont permis à la SMC de traverser une période difficile et de se positionner pour un avenir solide et durable. Dans cette brève note, je voudrais vous faire part de ma vision de certaines questions importantes qui dépassent le mandat des comités susmentionnés (du moins pour l’instant), mais qui, à mon avis, nécessitent une attention particulière et rapide pour le bien-être et l’avenir de la Société.

Les recettes générées par le Journal canadien de mathématiques (JCM) et le Bulletin canadien de mathématiques (BCM) sont essentielles pour la Société. Leur publication étant assurée par Cambridge University Press (CUP) depuis 2020, ces recettes ont connu des fluctuations, avec une tendance générale à la baisse. Parallèlement, on observe une attente claire et croissante quant au passage de ces deux revues au libre accès intégral dans un avenir proche. Lors de la dernière réunion du conseil d’administration, CUP a proposé la date cible de 2028 pour le BCM ; toutefois, ce calendrier n’a pas été pleinement approuvé et fait toujours l’objet de discussions. Néanmoins, la transition générale vers le libre accès semble inévitable et s’accompagne de défis importants.

En 2025, 144 articles ont été publiés dans le BCM et 128 dans le JCM. Dans le cadre de l’accord de transformation actuel, seuls 34 % des articles du BCM et 44 % de ceux du JCM ont été publiés en libre accès. Ces chiffres sont préoccupants pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ils indiquent que près de 60 % des articles acceptés sont rédigés par des chercheurs affiliés à des établissements qui n’ont pas conclu d’accord avec CUP. Une transition vers le libre accès intégral risque donc de nous faire perdre une part importante de notre base de contributeurs. Si nous ne parvenons pas à attirer un nombre suffisant de soumissions provenant d’auteurs issus d’institutions ayant déjà conclu des accords, le JCM et le BCM pourraient connaître une baisse rapide du nombre de soumissions. Dans ce cas, avec une participation moindre, les maigres recettes qui en résulteraient seraient en grande partie absorbées par la CUP pour couvrir les coûts de publication et pourraient même ne pas suffire à cet effet.

Dans un tel scénario, la Société pourrait être contrainte d’envisager des solutions difficiles. Une possibilité serait la fusion du JCM, du BCM et du CMC en une seule revue. Une autre serait d’adopter un modèle de publication entièrement interne et exclusivement en ligne, compte tenu notamment de la forte baisse de la demande d’exemplaires imprimés, qui risquent d’être progressivement supprimés. Une autre préoccupation est que, face à la baisse des soumissions, les comités de rédaction pourraient subir des pressions pour abaisser les critères d’acceptation, une issue qui serait profondément indésirable et contraire aux valeurs des revues. En bref, il s’agit d’un défi très réel et imminent, susceptible d’affecter non seulement une source principale de revenus de la SMC, mais aussi la réputation et l’excellence de longue date de ses publications phares.

Le prochain point concerne nos réunions. Les discussions sur le nombre et le format des réunions chaque année, ainsi que sur le montant des frais d’inscription, ne sont pas nouvelles ; ces préoccupations ont été soulevées à maintes reprises par des collègues de toute la communauté. Depuis de nombreuses années, la SMC perpétue la tradition d’organiser deux réunions annuelles : une réunion d’hiver, généralement accueillie dans les grandes villes canadiennes, et une réunion d’été, organisée dans d’autres régions du pays. Toutes deux ont joué un rôle important dans la promotion de l’interaction et de la collaboration entre les mathématiciens canadiens à toutes les étapes de leur carrière, des étudiants aux chercheurs chevronnés. Il a été suggéré de passer à une seule réunion annuelle, organisée à tour de rôle dans tout le pays. Cependant, il n’est pas simple de répondre à de telles propositions, compte tenu notamment de la diversité des points de vue en jeu. D’après ce que je comprends, les membres de la Société ont tendance à se concentrer sur le calendrier, les coûts et la valeur scientifique de ces rassemblements, tandis que le bureau de la SMC doit, entre autres, examiner attentivement les implications financières, y compris le risque de déficits budgétaires. De plus, le regroupement des réunions d’hiver et d’été actuelles en un seul événement de plus grande envergure pourrait imposer une charge organisationnelle importante au bureau, compte tenu de ses effectifs et de ses ressources limités. La question de la meilleure façon de structurer nos réunions est également étroitement liée au rôle plus large des instituts mathématiques canadiens, que j’aborderai dans le point suivant. Compte tenu de toutes ces considérations, il serait prudent que la SMC mette en place un comité ad hoc chargé d’examiner cette question en profondeur et de formuler des recommandations réfléchies pour les années à venir.

Enfin, mais non des moindres, je voudrais évoquer l’atout le plus précieux de la Société : ses membres dévoués. De nombreux collègues consacrent bénévolement leur temps et leur énergie à siéger au sein de comités et à contribuer aux travaux de la SMC, souvent sans aucune forme de rémunération. Leur engagement témoigne d’un profond sens des responsabilités et d’un attachement à la communauté, et mérite d’être reconnu avec le plus grand respect et la plus grande reconnaissance. Il est donc décourageant d’apprendre, par exemple, qu’un collègue ignorait que son mandat au sein d’un comité avait pris fin, pour découvrir ensuite que son nom avait simplement été retiré du site Web. Même de petits gestes, comme un message attentionné à la fin d’un mandat, peuvent faire une différence significative et traduire une appréciation sincère. De telles pratiques devraient devenir la norme. Les présidents de comités, en particulier, qui assument une responsabilité importante, méritent une reconnaissance encore plus explicite pour leur leadership et leurs services. Plus généralement, la SMC doit renforcer la manière dont elle célèbre et honore ses membres. À titre d’exemple, certains prix décernés par la Société, bien qu’importants en principe, pourraient bénéficier d’une visibilité et d’une présentation accrues afin de mieux refléter la distinction qu’ils représentent. Investir dans la reconnaissance, que ce soit par la communication, la mention ou la célébration, n’est pas simplement symbolique ; c’est un investissement significatif et durable dans la vitalité, la cohésion et l’avenir de la Société. À cet égard, il est clairement possible de faire plus et mieux pour garantir que les membres se sentent valorisés, respectés et sincèrement appréciés pour leurs contributions.

Les instituts mathématiques canadiens – le PIMS, l’Institut Fields, le CRM, l’AARMS et le BIRS (avec son modèle et sa mission distinctifs) – constituent des piliers remarquables de l’activité de recherche et de la vie intellectuelle à travers le pays. Leur impact collectif sur les mathématiques canadiennes est profond et véritablement inspirant. Jour après jour, d’un océan à l’autre, ces instituts assurent un flux dynamique et continu de séminaires, d’ateliers, de programmes thématiques et de conférences. Grâce à ces efforts, ils rassemblent non seulement des collègues de leurs régions respectives, mais attirent également des chercheurs de premier plan du monde entier, rehaussant ainsi considérablement la visibilité et la réputation internationales des mathématiques canadiennes. Leur dévouement, leur vision et leur excellence organisationnelle ont créé un environnement où les idées mathématiques circulent librement et où les collaborations s’épanouissent. L’étendue, la cohérence et la qualité de leur programmation sont extraordinaires, et on ne saurait trop insister sur leur contribution à la formation tant des chercheurs confirmés que de la prochaine génération de mathématiciens. La vie mathématique canadienne est, à bien des égards, façonnée et dynamisée par leur leadership et leur initiative.

Parallèlement, cette activité intense et continue a naturellement entraîné une évolution du contexte dans lequel évolue la SMC. Avec un réseau aussi dense de séminaires hebdomadaires et de conférences de haut niveau se déroulant tout au long de l’année, il devient de plus en plus nécessaire de repenser et d’adapter la structure des réunions annuelles de la SMC afin de mieux s’aligner sur cette nouvelle réalité, un processus qui reste à mener à bien. Parallèlement, il existe une opportunité évidente, et même une nécessité, pour la SMC de renforcer son alignement et sa collaboration avec ces instituts. En 2021, j’ai proposé la création d’un comité des instituts au sein de la SMC, dans le but de coordonner et de représenter la vie mathématique canadienne lors de grands événements internationaux tels que les Joint Mathematics Meetings (JMM), le International Congress of Mathematicians (ICM), le European Congress of Mathematics (ECM) et le Mathematical Congress of the Americas (MCA). À l’époque, le directeur général de l’AMS s’est engagé directement auprès de la SMC, en assistant à des réunions et en participant même à la réunion d’été à Saint John’s, afin d’encourager et de faciliter la participation de la SMC aux JMM. Bien que le comité n’ait pas poursuivi ses activités au-delà de mon mandat et que la SMC n’ait pas donné suite à son adhésion aux JMM, les instituts eux-mêmes ont fait preuve d’une initiative et d’une cohésion admirables, établissant conjointement un partenariat avec l’AMS pour participer aux JMM. Cette évolution témoigne de leur dynamisme, de leur clairvoyance et de leur engagement à faire progresser les mathématiques canadiennes sur la scène mondiale. Leur capacité à agir collectivement et de manière décisive pour soutenir l’engagement international est profondément impressionnante. J’ai une grande admiration pour leur leadership, et j’espère sincèrement que dans les années à venir, nous assisterons à une collaboration encore plus forte entre toutes les organisations mathématiques canadiennes. En travaillant plus étroitement ensemble, nous pourrons renforcer davantage la présence internationale, l’influence et la reconnaissance des mathématiques canadiennes à travers le monde.

Javad Mashreghi
28-04-2026
Québec, Québec

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