La saison des évaluations en mathématiques
On dirait qu’il y a une « saison » pour tout, de nos jours. Le pollen a sa saison. Le budget fédéral du Canada a sa saison. Les impôts, les tiques et les feux de forêt ont leur saison. Bon sang, même les lattés à la citrouille et aux épices ont leur saison. Certaines saisons ont même des dates de début et de fin officielles (et officieuses). Selon Starbucks, la saison des lattés à la citrouille et aux épices commence officiellement le 25 août cette année. Les saisons varient également. Un hiver peut être plus rigoureux que d’autres, par exemple, et une saison des feux de forêt peut être plus dévastatrice que d’autres (comme en Colombie-Britannique en 2023).
Puisque le principe des saisons est déjà bien établi, je vous demande votre indulgence alors que je propose ici d’en ajouter une nouvelle au Canada : la saison des évaluations en mathématiques. Sans date officielle de début ni de fin, la saison des évaluations en mathématiques (qui coïncide avec la rentrée scolaire) commence de la fin août au début septembre et se poursuit souvent pendant tout le mois de septembre, pour prendre fin en octobre ou, plus rarement, en novembre. Comme je l’ai mentionné, les saisons varient, et la durée exacte de la saison des évaluations en mathématiques dépend chaque année de plusieurs facteurs.
La saison des évaluations en mathématiques, comme les années précédentes, peut être terminée en un clin d’œil. Elle commence et se termine en même temps que la saison de la rentrée scolaire. Mais pas cette année. Non, cette année, cette année en particulier, je pense que nous ferions mieux de nous préparer à ce qui, selon mes prévisions, sera une longue saison des évaluations en mathématiques.
Pour être tout à fait transparent, je n’ai pas consulté l’Old Farmer’s Almanac de cette année, et je ne connais pas Wiarton Willie. Et même si je le connaissais, les applications de traduction sur mon iPhone (p. ex. Apple, Google et DeepL Translate) ne proposent pas l’option « traduction du langage de la marmotte vers l’anglais ». Cela dit, je suis à l’écoute depuis de très nombreuses années.
Comme chaque année, la saison de la rentrée scolaire est l’occasion pour les médias traditionnels, c’est-à-dire les journaux (p. ex. The Globe and Mail ou The Toronto Star), la radio (p. ex. The Current ou Cross Country Checkup) et la télévision (p. ex. The National), de publier une série de reportages qui présentent essentiellement le récit suivant : les jeunes Canadiennes et Canadiens n’obtiennent pas d’aussi bons résultats qu’ils le devraient aux évaluations en mathématiques.
En Ontario, par exemple, les médias traditionnels feront référence aux évaluations de l’Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE) et expliqueront que le rendement des élèves en mathématiques n’est pas à la hauteur de ce qu’il devrait être pour un pays aussi formidable que le Canada. De même, en Alberta, les médias feront référence aux tests de rendement provinciaux (PAT) passés par les élèves de neuvième année et, encore une fois, les résultats seront présentés de manière à laisser entendre que nous pourrions et devrions faire mieux dans une matière aussi importante que les mathématiques.
Je tiens à souligner que ce récit négatif est monnaie courante pendant la saison des évaluations en mathématiques. Après tout, il existe un vieil adage dans le milieu des médias : « If it bleeds, it leads », c’est-à-dire que les nouvelles les plus sensationnelles font les manchettes. Et le fait que les Canadiennes et Canadiens n’obtiennent pas de bons résultats en mathématiques est une nouvelle qui, année après année, continue de faire parler d’elle. La suite est tout aussi prévisible.
Ce que je préfère dans la saison des évaluations en mathématiques, c’est l’intérêt feint que manifeste ensuite le public canadien et, surtout, l’hyperbole. Bien sûr, il y a les inévitables discussions autour de la machine à café, qui portent généralement sur le débat éculé concernant les différentes façons dont les mathématiques sont enseignées à l’école, toujours présentées en comparaison avec la manière dont on les enseignait « dans le temps ». Une fois que le débat sur l’enseignement commence à lasser, l’histoire commence à perdre de son intérêt, puis l’hyperbole inévitable permet de la faire durer.
L’un de mes exemples préférés remonte à 2012 (qui a été une saison des évaluations en mathématiques particulièrement intense), lorsque John Manley, alors président-directeur général du Conseil canadien des chefs d’entreprise (et ancien vice-premier ministre), a déclaré une « urgence nationale ». À l’origine de sa déclaration : les résultats en mathématiques du PISA 2012. Tous les trois ans, l’Organisation de coopération et de développement économiques, mieux connue sous le sigle OCDE, mène le Programme international pour le suivi des acquis des élèves, mieux connu sous le sigle PISA. Dans le cadre de cette évaluation, des élèves de 15 ans de plus de 60 pays passent un examen standardisé qui porte notamment sur les mathématiques. Autrement dit, il s’agit d’une évaluation des compétences en mathématiques menée à une échelle presque mondiale. Le Canada avait, une fois de plus, obtenu des résultats supérieurs à la moyenne, mais les résultats des élèves canadiens en mathématiques au PISA continuaient de baisser. Pour ma part, j’ai pris l’initiative de vérifier qu’à l’époque, le Canada disposait bel et bien d’un Système national d’intervention d’urgence et, à juste titre, du moins d’après ma lecture du document, ce système d’intervention n’avait pas été mis en œuvre malgré la déclaration d’une urgence nationale.
Bien sûr, je fais peut-être moi-même preuve d’un brin d’hyperbole, mais je crois que ce qui vaut pour l’un vaut pour l’autre. Prenons, comme deuxième exemple, un éditorial du Globe and Mail, qui affirmait “Et lorsqu’un pays s’effondre dans le classement, il est à juste titre considéré comme une catastrophe nationale.“ Me voilà donc, une fois de plus, à examiner notre Stratégie nationale d’atténuation des catastrophes. En parcourant le document, je n’ai pas trouvé de justification permettant de mettre en œuvre la Stratégie nationale d’atténuation des catastrophes parce que les élèves canadiens avaient obtenu des résultats supérieurs à la moyenne, mais que, dans l’ensemble, leurs résultats étaient en baisse dans le cadre d’une évaluation mondiale des compétences en mathématiques.
La saison des évaluations en mathématiques autour du PISA 2012 était pour le moins hyperbolique. Catastrophe nationale, urgence nationale… mais il était sûrement impossible de faire encore plus hyperbolique, n’est-ce pas?
Comme le dit l’expression, “frapper là où ça fait mal“. Prenons Trevor Howell, du Calgary Herald, qui rapportait : “ Comment pouvons-nous nous satisfaire de la 13e place en mathématiques alors que nous ne nous satisfaisons pas de la deuxième place au hockey? “, a déclaré John Manley mercredi devant un groupe d’enseignantes et enseignants, de professionnelles et professionnels de l’industrie, de membres de conseils scolaires et de politiciennes et politiciens provinciaux à Calgary.
La référence de Manley à la “13e place en mathématiques“ faisait bien sûr référence au classement du Canada dans les résultats du PISA 2012, tandis que la “deuxième place au hockey“ faisait bien sûr référence à l’insatisfaction du Canada à l’idée de gagner autre chose que l’or en hockey aux Jeux olympiques, ce qui venait justement de se produire en 2010 à Vancouver.
Pour mémoire, je suis d’accord : le Canada est bon au hockey.
Le PISA a lieu tous les trois ans, ce qui signifie que les résultats du PISA 2012 ont été suivis de ceux du PISA 2015, de 2018 et de 2022 (avec la COVID-19 qui s’est invitée dans l’équation, bien sûr). En toute transparence, je suis de près les résultats du PISA et, surtout, le battage médiatique qui s’ensuit, que je considère comme un élément important de mon travail.
Je soutiens, du moins selon mes connaissances, que les saisons des évaluations en mathématiques autour des PISA 2015, 2018 et 2022 ont été plus calmes et plus tranquilles que celle de 2012. Certes, le débat sur la meilleure façon d’enseigner les mathématiques était présent dans les médias écrits, à la radio et à la télévision. Certes, les gens feignaient l’intérêt et l’indignation. Mais ensuite, les saisons étaient tout simplement terminées.
Contrairement à 2012, je n’ai pas entendu parler d’un rassemblement devant une assemblée législative provinciale, je n’ai pas vu de journaux publier une série de 44 articles sur « Le grand débat canadien sur les mathématiques », je n’ai pas vu pétition après pétition recueillir signature après signature, et je n’ai pas vu les provinces se précipiter pour modifier leurs programmes de mathématiques dans la confusion. Je n’ai pas vu non plus une histoire nationale qui allait perdurer pendant des années et refaire surface dans les endroits les plus improbables (p. ex. *Costco Connection : le magazine lifestyle des membres de Costco*).
Comme je l’ai mentionné plus tôt, les résultats du PISA 2025 pourraient donner lieu à une saison des évaluations en mathématiques particulièrement mouvementée, à l’image de celle de 2012.
Il y a certains facteurs précis qui, à mon avis, appuient mon idée selon laquelle nous connaîtrons cette année une saison des évaluations en mathématiques dévastatrice. Tous les problèmes avec nos “ voisins ” du Sud (“51e État”, Amérique du lac Ontario, etc.) donneront lieu à des comparaisons irritées, principalement avec un seul autre pays. La question imminente de savoir si l’Alberta devrait rester une province du Canada donnera également lieu à des comparaisons houleuses au sein de notre pays tel qu’il est actuellement constitué.
Jacob Tsimerman, deuxième Canadien et premier chercheur travaillant dans un établissement canadien à remporter la médaille Fields, viendra, d’une manière ou d’une autre, alimenter des arguments pour le moins étranges du genre : “Voyez, en tant que pays, nous pouvons tout accomplir si nous y mettons toute notre volonté.”
Les résultats largement ignorés de l’“autre” évaluation mondiale des mathématiques, l’Étude internationale sur les tendances en mathématiques et en sciences (TIMSS) 2023, commenceront à faire surface, quoique plusieurs années plus tard. Ajoutez les médias sociaux à tout cela, ainsi que l’idée que presque tout le monde a un balado, et tous les ingrédients d’une longue saison des évaluations en mathématiques sont réunis pour cette année.
En expliquant tout cela à une collègue ou à un collègue l’autre jour, cette personne m’a demandé, poliment (bien sûr), comment j’allais traverser la saison des évaluations en mathématiques cette année. J’y ai réfléchi un petit moment, pas trop longtemps, et je lui ai fait savoir que la récente Coupe du monde de la FIFA serait ma source de réconfort cette saison. Bien sûr, comme John Manley l’avait fait remarquer à juste titre il y a toutes ces années, nous ne sommes peut-être pas satisfaits de la deuxième place au hockey. Pourtant, aux récents Jeux olympiques, nous avons bel et bien terminé deuxièmes. Trois fois : en hockey sur glace paralympique, féminin et masculin! Étions-nous satisfaits? Non. Cela m’a amené à penser que le hockey n’est peut-être pas la bonne comparaison à faire pour les Canadiennes et Canadiens lorsqu’il est question de la saison des évaluations en mathématiques pendant les années du PISA et de notre classement par rapport au reste du monde.
Cet été, j’ai pris énormément de plaisir à suivre la Coupe du monde de la FIFA 2026. Le Canada, avec le Mexique et les États-Unis, l’a coorganisée pour la première fois. Incroyable! Pour seulement la troisième fois de son histoire, le Canada a participé à la Coupe du monde. Encore une fois, incroyable! En tant que pays, nous avons obtenu notre tout premier point en phase de groupes (grâce à un match nul contre la Bosnie-Herzégovine) et remporté notre tout premier match de Coupe du monde (contre le Qatar). Vous plaisantez? Incroyable! Le Canada a même réussi à sortir de la phase de groupes et a remporté son match contre l’Afrique du Sud en seizièmes de finale, mais a malheureusement perdu contre le Maroc en huitièmes de finale. Quel parcours pour le Canada! J’ai également aimé voir à quel point les Canadiennes et les Canadiens étaient heureux et fiers de la performance du Canada sur la scène mondiale.
À la Coupe du monde de la FIFA 2026, le Canada a officiellement terminé à la 14e place. Les gens étaient heureux du résultat. Ils étaient fiers du résultat. Personne ne pensait vraiment que nous allions gagner la Coupe du monde. Après tout, les Canadiennes et les Canadiens sont plutôt modestes.
Gardez la récente Coupe du monde à l’esprit, surtout lorsque les résultats du PISA 2025 seront publiés et que les choses commenceront à déraper, ce qui pourrait bien être le cas cette année.
La saison des évaluations en mathématiques approche…
